Équipe & management

On a supprimé le manager. Puis quelqu’un a dû faire son travail.

Cédric Bonetti 6 min de lecture

Il y a une idée qui revient régulièrement avec l’IA.

Les équipes vont devenir plus petites. Chacun aura ses agents. Les salariés seront plus autonomes. On aura besoin de moins de coordination et donc, logiquement, de moins de managers.

C’est une idée qui revient souvent dès qu’on parle d’IA et de management.

Sur le papier, ça se tient.

Puis il faut faire travailler huit personnes ensemble.

Et bizarrement, quelqu’un finit par devoir s’en occuper.

Meta redemande des managers

Le 10 septembre 2026, Business Insider a rapporté qu’au sein de la division Applied AI de Meta, certains contributeurs individuels, dont d’anciens managers, se voyaient proposer de reprendre volontairement des responsabilités managériales. Fortune a recoupé l’information deux jours plus tard. Meta n’a pas commenté ce changement rapporté.

Le détail compte.

Ce n’est pas un retour général en arrière chez Meta. Ce n’est pas non plus la preuve que l’IA rendrait les managers indispensables.

C’est un mouvement ciblé dans une division précise.

Mais je trouve le signal intéressant.

Parce qu’Applied AI est justement l’un des endroits où l’on pourrait imaginer que des salariés très qualifiés, entourés d’outils IA, ont moins besoin de management.

Apparemment, pas toujours.

Je crois qu’on confond parfois deux choses

Une partie du travail d’un manager peut effectivement être allégée.

Préparer un compte rendu. Consolider des informations. Produire un premier planning. Retrouver une procédure. Préparer les éléments d’un entretien. Analyser quelques indicateurs.

Très bien.

Mais ça ne représente pas tout le boulot.

Si demain une IA prépare parfaitement tous mes comptes rendus, je ne deviens pas inutile.

J’ai juste moins de comptes rendus à préparer.

Il faut toujours voir que deux personnes commencent à se parler de travers. Comprendre pourquoi quelqu’un qui fonctionne normalement décroche depuis trois jours. Décider quelle urgence passe devant l’autre quand tout le monde considère évidemment que la sienne est prioritaire. Expliquer une décision qui ne plaît pas. Dire non. Faire progresser quelqu’un.

Et parfois simplement aller voir ce qui se passe plutôt que regarder le tableau qui dit que tout va bien.

Je peux demander de l’aide à une IA sur plusieurs de ces sujets.

Je ne lui donnerais pas l’équipe avec les clés du bureau.

L’autonomie crée aussi du besoin de coordination

C’est presque contre-intuitif.

Si chaque personne devient capable de produire davantage seule, on pourrait penser qu’elle a moins besoin des autres.

Mais si huit personnes peuvent désormais avancer beaucoup plus vite chacune de leur côté, elles peuvent aussi partir beaucoup plus vite dans huit directions différentes.

Quelqu’un doit garder la destination visible.

Tu peux automatiser une partie du suivi. Tu peux avoir un agent qui détecte les retards. Un autre qui prépare la réunion. Un autre qui synthétise les décisions.

Il reste pourtant une question assez humaine :

on fait quoi maintenant ?

Et surtout : qui tranche ?

Je ne défends pas le manager qui transmet des mails

Il faut quand même être clair.

Si le rôle consiste principalement à récupérer une information en réunion, la reformuler dans un PowerPoint puis l’envoyer à l’équipe, l’IA risque effectivement de rendre la semaine compliquée.

Et ce n’est peut-être pas plus mal.

Même sans IA, je ne suis pas certain que ce soit le management dont les équipes rêvaient.

La technologie peut enlever une partie du travail de coordination mécanique.

À mon avis, elle rend surtout plus visible ce qui reste.

Et ce qui reste est parfois beaucoup plus exigeant.

Regarde une réunion d’équipe

Une IA peut prendre les notes.

Elle peut extraire les actions.

Elle peut identifier qu’une échéance n’a pas été tenue.

Elle peut même rappeler automatiquement à Paul qu’il devait envoyer son fichier vendredi.

Parfait.

Puis Paul explique que le fichier n’est pas parti parce que Marie ne lui a pas transmis les données.

Marie répond qu’elle les a envoyées mais qu’elles étaient incomplètes parce que le client a changé sa demande.

Le commercial intervient. La priorité du dossier change. Deux personnes ne sont pas d’accord sur la solution.

L’IA a parfaitement résumé le problème.

Merci.

Maintenant il faut manager.

On pourrait donc mesurer le mauvais gain

Si l’IA fait gagner cinq heures par semaine à un manager, je pourrais chercher à lui ajouter quinze personnes.

Mathématiquement, j’ai récupéré du temps.

Humainement, ça peut devenir assez drôle.

Parce que la limite d’une équipe n’est pas uniquement le nombre d’heures nécessaires pour faire le reporting.

Il y a aussi le nombre de personnes avec lesquelles tu peux réellement garder une relation de travail correcte. Le nombre de sujets dont tu comprends encore le contexte. Le nombre de problèmes faibles que tu peux repérer avant qu’ils deviennent forts.

Là, le tableur devient moins pratique.

J’utiliserais plutôt l’IA pour enlever le mauvais management

Ça, en revanche, m’intéresse beaucoup.

Tout ce qui m’éloigne inutilement de l’équipe peut partir en premier.

La mise en forme d’un compte rendu. Une consolidation répétitive. La recherche d’une information que je sais présente quelque part. La préparation mécanique d’un document. Une partie du suivi administratif.

C’est la même logique que lorsque je conseille de partir du travail qui coince avant de chercher l’outil : on enlève la friction avant de chercher l’effet spectaculaire.

Si je récupère trois heures, je ne veux pas forcément trois heures de production supplémentaire.

Je peux aussi avoir trois heures de management en plus.

Un entretien que je repoussais. Une heure sur le terrain. Une procédure qu’on doit reprendre avec ceux qui l’utilisent. Un problème qu’on corrige depuis six mois sans jamais chercher pourquoi il revient.

Ce temps-là est moins facile à afficher dans une démonstration IA.

Il peut pourtant avoir beaucoup plus de valeur.

Et si ton manager devient plus disponible, tu as vraiment gagné quelque chose

Je trouve que c’est un indicateur assez simple.

Après l’arrivée de l’IA, est-ce que le manager passe davantage de temps à manager ?

Ou est-ce qu’on a simplement profité du gain pour lui donner davantage de reporting, davantage de projets et davantage de personnes ?

Dans le deuxième cas, je ne suis pas certain qu’on ait transformé le travail.

On a surtout rempli l’espace libéré.

Le cas Meta ne prouve évidemment pas que l’IA nécessite davantage de managers.

Il montre simplement qu’une organisation très plate peut elle aussi découvrir qu’elle a besoin de remettre de la coordination quelque part.

Et ça me paraît une bonne piqûre de rappel.

L’IA peut prendre une partie du travail du manager.

Tant mieux.

J’espère même qu’elle en prendra beaucoup.

Mais si elle lui rend du temps, je commencerais par lui permettre de faire correctement la partie pour laquelle on avait justement besoin d’un humain.

Sources

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